Dans l’imaginaire collectif, le Bosphore incarne à lui seul la rencontre entre Orient et Occident. Cette position unique en a fait, depuis l’Antiquité, un lieu à part. Aujourd’hui encore, le détroit n’a rien perdu de sa charge symbolique ni de sa beauté. Et même s’il est désormais franchi par trois ponts ou sous ses eaux grâce au tunnel ferroviaire du Marmaray, il reste possible, comme James Bond dans From Russia with Love, de profiter de cette lumière unique depuis le pont d’un bateau.
D’innombrables compagnies proposent chaque jour des croisières d’une à deux heures sur le Bosphore. Pour une dizaine d’euros, elles permettent de naviguer comme Bond et Tatiana en 1963, mais aussi d’approcher plusieurs lieux de tournage de The World Is Not Enough, notamment la silhouette emblématique de la Kız Kulesi (Tour de Léandre).
Rive orientale – Istanbul – Bosphore
Fidélité : ★★☆☆ – Accès : ★☆☆
La plupart des croisières suivent peu ou prou le même itinéraire que celui emprunté dans From Russia with Love. Une fois la Corne d’Or quittée, là où se trouvent la majorité des embarcadères, le bateau longe la rive européenne et le quartier de Galata. Pourtant, les premiers plans intéressants se situent de l’autre côté, vers la rive asiatique. Retrouver l’emplacement exact des prises de vue de 1963 relève de l’impossible, surtout depuis un bateau touristique. D’abord parce que le paysage a profondément changé : la côte orientale, autrefois relativement dégagée, est aujourd’hui largement urbanisée. Seuls quelques repères, comme la Tour de Léandre ou les collines environnantes, permettent encore de s’orienter. Plus haut domine désormais la Çamlıca Tower, haute de 369 mètres.
La focale utilisée par le réalisateur Terence Young comprime également les distances et rapproche visuellement les deux rives. On peut néanmoins supposer que certaines images ont été tournées à hauteur du Dolmabahçe Palace. Sur l’un des plans, on distingue clairement les Selimiye Barracks (casernes Selimiye) , parfaitement identifiables aujourd’hui, même si elles paraissent bien moins isolées qu’en 1963.
Les quelques photos que je poste ici ont été principalement prises au retour, lorsque nous étions plus proches de la côte orientale. Elles permettent d’être plus fidèle à ce que l’on voit dans le film.
Voici la compagnie que nous avons choisie : simple et efficace, avec la certitude de passer devant l’ensemble des lieux « James Bond »
Dolmabahçe Palace – Istanbul – Bosphore
Fidélité : ★★★★ – Accès : ★☆☆

La scène entre Tania et Bond sur le pont du ferry a été tournée dans la matinée du 12 mai 1963, comme en témoigne le call sheet ci-contre. L’ensemble de bâtiments blancs que l’on aperçoit sur la rive orientale (celle où apparaît Tania) n’est autre que le célèbre Dolmabahçe Palace.
Depuis le pont du bateau, le Dolmabahçe Palace déroule sa façade de pierre longue de près de six cents mètres. Construit entre 1843 et 1856 sous le sultan Abdülmecid I et destiné à remplacer le palais de Topkapı comme résidence principale des sultans, il ne laisse pas indifférent. Rien d’étonnant à voir Terence Young le choisir comme toile de fond pour cette ambiance d’espionnage de guerre froide propre à la scène.
Aujourd’hui, le palais est parfaitement conservé et entretenu, et il est assez facile de retrouver un cadrage proche de celui du film.
Küçüksu Pavillon – Istanbul – Bosphore
Fidélité : ★★★★ – Accès : ★☆☆
Après 35 à 40 minutes de bateau, aussi agréables que reposantes après nos trois jours sur les traces de James Bond, nous parvenons enfin au point de demi-tour. Et c’est exactement ici, côté asiatique, que l’on peut observer le Küçüksu Pavillon, qui sert de résidence à Elektra King dans The World Is Not Enough.
Comme toutes les scènes filmées en Turquie du 19ᵉ film de la saga EON, la séquence est fragmentée : des plans généraux filmés par la seconde équipe à Istanbul, les intérieurs ayant été tournés en Angleterre à Luton Hoo. Les extérieurs, notamment la scène d’intrusion dans un poste de sécurité, ont été reconstitués en studio avec le Küçüksu Pavillon incrusté, pour un résultat assez peu convaincant.

Kız Kulesi (Tour de Léandre) – Istanbul – Bosphore
Fidélité : ★★★★ – Accès : ★☆☆
Après avoir remonté le Bosphore en longeant la côte asiatique, on arrive à proximité de l’un des lieux les plus emblématiques d’Istanbul : la Kız Kulesi (Tour de Léandre). Depuis le bateau, la Kız Kulesi est posée sur son îlot, à seulement une centaine de mètres de la côte. Minuscule face à l’immensité du Bosphore, ce que l’on considère souvent comme un phare est en réalité un ancien poste de douane, dans sa forme actuelle datant de la période ottomane. Restaurée récemment, elle est accessible aux visiteurs.
Mais pour un fan de James Bond, l’intérêt reste limité : une fois encore, tous les intérieurs ont été tournés en studio et aucun acteur n’a réellement fait le déplacement à Istanbul. Pour recréer les plans, nous avons utilisé un drone, que nous avons pu faire décoller depuis la rive asiatique, non sans difficulté tant il y avait du monde. Le plan où l’on voit James Bond sauter depuis la tour montre la rive européenne.
La fin du voyage nous ramène rapidement vers la Corne d’Or. Le temps de profiter une dernière fois du Bosphore et d’un moment de relative calme. Cette croisière est vraiment à faire : même si l’on est clairement dans une expérience très touristique, le voyage en vaut largement le détour.
Ce blog partage mes expériences de voyage, des destinations incontournables aux lieux les plus originaux et exclusifs. Chaque article est le fruit d’un travail minutieux et d’un réel investissement de temps. Si vous utilisez ces informations ailleurs ou pour vos propres aventures, pensez à citer vos sources et à remercier – c’est ce que je fais moi-même, et ça fait toujours plaisir.
Julien Abauzit (JaBoz)
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