L’Hippodrome de Paris

Tout un cirque ! – Décembre 2022

Parmi les lieux de tournage français de Moonraker, la séquence du cirque figurait depuis longtemps parmi les plus mystérieuse. Elle apparaît à la toute fin du pré-générique, lorsque Jaws, après avoir arraché la poignée de son parachute, entame une chute vertigineuse avant d’être miraculeusement sauvé en s’écrasant sur le toit d’un chapiteau. Si le plan extérieur de cette scène est connu pour avoir été réalisé sous forme de maquette aux studios de Pinewood (avec seulement deux mâts visibles) la partie se déroulant à l’intérieur du cirque a bien été tournée en France. On en connaît désormais la date précise : le samedi 25 novembre 1978, à 14 heures.


Hippodrome de ParisPorte de Pantin(Paris 19ème)

Fidélité : Disparu – Accès : Impossible


Pendant de nombreuses années, ce tournage a été localisé de manière erronée, le plus souvent à l’hippodrome de Longchamp. Cette hypothèse, jamais étayée par des sources solides, s’est progressivement imposée par simple répétition. Ce n’est qu’à la suite de recherches approfondies et d’échanges avec des spécialistes du monde du cirque qu’il a été possible d’identifier le véritable lieu. La scène fut en réalité tournée sous le chapiteau du Nouvel Hippodrome de Paris – Jean Richard, installé porte de Pantin, à proximité immédiate de l’emplacement qu’occupe aujourd’hui le Zénith de Paris. L’appellation même de cet hippodrome explique sans doute l’origine de la confusion avec Longchamp.

Le tournage n’a pas été assuré par l’équipe principale du film, mais par la seconde équipe, placée sous la direction de John Glen, alors que la première travaillait simultanément aux studios d’Épinay sur les décors de la base spatiale de Hugo Drax. Le choix de ce chapiteau ne doit rien au hasard. Entre 1975 et 1981, l’édifice reposait sur une structure à six mâts et disposait d’une piste de 50 mètres de long pour 15 mètres de large. Selon les configurations, il pouvait accueillir entre 5 000 et 8 000 spectateurs, ce qui en faisait un lieu spectaculaire, parfaitement adapté aux exigences d’un tournage de James Bond.

La presse de l’époque apporte un éclairage précieux sur le déroulement de cette journée. Dans son édition du 10 novembre 1978, France Soir indique que les lecteurs pouvaient assister au tournage, présenté comme un gala « Jean Richard – James Bond », sur simple envoi d’un coupon collé sur une carte postale. Un autre article, publié le 28 novembre 1978, revient sur les conditions du tournage et révèle que la troupe d’équilibristes « les Traber » — et non « Travers », comme cela est mentionné dans l’article — avait réalisé une chute spectaculaire sur le filet de protection. Le public avait également été mis à contribution pour incarner une foule paniquée par l’effondrement d’un chapiteau. Ces séquences, pourtant filmées, ne seront finalement pas conservées au montage.

France-Soir, article du 20 novembre 1978
France-Soir, article du 28 novembre 1978

Monté de façon permanente à la fin de l’année 1975 par la société « Chapiteaux Spectacles Jean Richard », le nouvel Hippodrome de Paris a accueilli jusqu’à la fin de 1982 essentiellement des spectacles de cirque destinés au public d’Île-de-France, en particulier dans le cadre des comités d’entreprise. Le lieu a également servi de salle de concerts avant d’être définitivement démonté au début de l’année 1983, lorsque la décision est prise de construire une grande salle de spectacles moderne. Le Zénith de Paris sera inauguré en 1984.
De l’hippodrome Jean Richard, il ne subsiste aujourd’hui aucune trace matérielle, seulement le souvenir d’un lieu emblématique où, le temps d’un après-midi de novembre 1978, James Bond croisa l’univers du cirque parisien.

Merci à Vincent Bouderlique pour sa connaissance éclairée et ses archives, ainsi qu’à Philip Latchford.

Ce blog partage mes expériences de voyage, des destinations incontournables aux lieux les plus originaux et exclusifs. Chaque article est le fruit d’un travail minutieux et d’un réel investissement de temps. Si vous utilisez ces informations ailleurs ou pour vos propres aventures, pensez à citer vos sources et à remercier – c’est ce que je fais moi-même, et ça fait toujours plaisir.
Julien Abauzit (JaBoz)

Sources

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https://lavillette.com
https://generationjeanrichard.eklablog.com

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